Mais qui êtes-vous président Derny ?

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Jean-Emmanuel Derny préside le premier syndicat de détectives privés de France. Mais qui connaît cette figure singulière de la profession ?

Par François PONT

"On n'est de son enfance comme on est d'un pays", écrivait Antoine de Saint-Exupéry. De toutes évidences, les premières années de Jean-Emmanuel Derny donnent des indices sur ce que sera la suite. Fils de Marcel Derny, Maître d'Art sculpteur de la Manufacture nationale de Sèvres qui eut pour directeur, et ami, à l’école des Arts décoratifs de Paris, Paul Belmondo (le père de l'acteur), JED, de son surnom, est né en 1952. Il grandi dans une famille heureuse de cinq enfants à Ville d'Avray dans les Hauts-de-Seine. "C'était une banlieue habitée d'artistes et d'intellectuels que nous côtoyions. Je me souviens d’Armand Petitjean, fondateur des parfums Lancôme ; de l’éditeur Flammarion qui nous offrait des livres pour enfants de sa collection le « père Castor » ; de l’écrivain Maurice Genevoix ; du biologiste académicien et écrivain Jean Rostand qui corrigeait mes devoirs de français ; du danseur étoile de l’Opéra de Paris Georges Skibine ou encore du comédien Georges Guétary », énumère l'homme de culture qui perpétue l'œuvre paternel dans des galeries d'art ou des expositions du bout du monde (Shanghai, Hong Kong ou encore New York). Ce n'est pourtant pas l'art qui va déterminer son enfance mais plutôt Tintin reporter, celui d'Hergé, à ne pas confondre avec le "pied nickelé" niçois spécialisé dans le saucissonnage d'hôtelière. JED rêve d'aventures, de voyage et d'enquêtes.

Une grand-mère mariée avec un officier du MI6

Dès ses premières années scolaires, le jeune homme affirme sa capacité naturelle à créer des réseaux qui profiteront, plus tard, à la profession. "J'ai toujours été délégué de classe, parfois sans être candidat", s'amuse JED pour qui la famille demeure un repère : "Ma généalogie maternelle remonte à 1240 avec un ancêtre qui était chevalier de Rhodes. Et ma grand-mère maternelle, Henriette Menard de Rochecave, était mariée à un colonel écossais, Harry Hillworth, membre du MI6, les services secrets de sa gracieuse Majesté. J'ai donné son nom à l'agence de détective que j'ai créée en 2004 : Rochecave. Mais les postiers pensaient que je vendais du vin et puis c'était trop long alors j'ai juste conservé Roche Investigations", résume-t il avec cette empathie et cette rondeur qui caractérisent la personnalité du président du SNARP.

Des centrales aux sous-marins nucléaires, une carrière 'sensible' !

Pour faire plaisir à sa mère, JED fera des études d'électronique : "Ingénieur était un métier stable pour ma mère. Paradoxalement, cette profession comblera mon envie de bougeotte ! " Suivra une carrière ciselée qui le portera aux confins de l'Asie et des Amériques : "J'ai connu le vrai plein emploi. A un peu plus de 20 ans, j'étais chef de projet pour une filiale de Philips en Indonésie. Je m'occupais de réseaux hertziens puis de développement de microprocesseurs dans la Silicon Valley californienne. Plus tard, tout naturellement, j'ai basculé dans l'informatique. J'ai intégré le constructeur anglais d’ordinateurs ICL." En 1991, il investit l'univers des particules élémentaires chez Framatome comme directeur commercial d'une division. Recasé dans le transport du nucléaire, suite à une restructuration, il découvre la sureté d'EDF qui va le déniaiser sur l'intelligence économique. Après six années à mettre en place des systèmes électroniques de surveillance pour les centrales nucléaires pour le compte d’une filiale du groupe Schlumberger, le voilà chargé de la sécurité des sous-marins nucléaires (SNLE) de l'Île Longue au large de Brest. Un nom mythique qui évoque pour lui l’île noire de Tintin. Son employeur lui octroie alors un congé formation pour obtenir le diplôme de l’IHEDN*. Les rêves d'enfants ne vont plus tarder à réapparaître.

L'oreille des préfets

A 52 ans, Jean-Emmanuel Derny rencontre le détective Daniel Robillard par l'intermédiaire d'un ami d’enfance, filleul de Sacha Guitry. Dés lors, tout apparaît comme une évidence. JED crée son agence de détective en 2004. Une heure après avoir envoyé un mailing à ses réseaux, un ancien d’ICL l'appelle : "Ma mère s'est faite escroquée !" Ce sera sa première affaire. En 2005, il adhère au SNARP dont il deviendra président trois ans plus tard. Outre sa licence de droit obtenue à Assas, il passera, à compter de 2008, trois masters professionnels en sécurité d'entreprise et intelligence économique, à l'INHESJ*, l’IERSE*, à l’école militaire puis en lobbying à l’ISEL*. Depuis, "il ne rencontre que des préfets, des commissaires, des patrons de syndicats et d’entreprises", plaisante celui qui participera, sur invitation du préfet Jean-Louis Blanchou, aux travaux de création du CNAPS dès 2010 où il siège bénévolement et représente les intérêts de l’ensemble de la profession de détective : « Un engagement très chronophage ». JED est également membre fondateur et secrétaire général de l’ANAPS (Alliance nationale des activités privées de sécurité, sous la présidence de Claude Tarlet) pour « faire poids face au CNAPS ». Et si JED dit ne pas toujours entendre très bien, il ne cesse d'écouter, « ce qui n’est pas la même chose », précise-t-il. Et, avoir l'oreille du président Derny par les temps qui courent, peut se révéler secourable dans un métier sous surveillance, soumis à un agrément et qui ne cesse d'être réglementé. Il nous confie d'ailleurs avoir débloqué plusieurs dossiers de confrères, pas nécessairement adhérents du SNARP.

Un détective à livres ouverts

Enfin, pour défendre l’image des détectives privés, JED ne se satisfait pas de rédiger une lettre régulière d’informations destinées aux adhérents du SNARP, il participe à la rédaction de plusieurs livres : « Divorce pour les nuls » aux éditions First (2010, réédité en 2017) ; « Détectives privés des agents très discrets » chez l'Harmattan (2012), préfacé par Alain Juillet, ancien patron de la DGSE* ; « Détectives privés pour les nuls », aux éditions First (2016), un ouvrage écrit à deux mains avec Samuel Mathis, secrétaire général du SNARP et président de l’ESARP*. En outre, il collabore, avec le détective privé Arnaud Pelletier, à la rédaction de deux ouvrages de référence à l’AFNOR* pour la protection des données et la lutte contre la cybercriminalité (2015 et 2017). Et lorsque JED relâche sa plume d'oie, c'est pour pratiquer les envolées lyriques, à la gloire de la profession de détective et avec le même enthousiasme devant le public de bibliothèques municipales ou de Chambres de commerce.

 

* IHEDN : Institut des hautes études de la défense nationale.

* INHESJ : Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice.

* IERSE : Institut d’études et de recherches pour la sécurité des entreprises (intégré dans INHESJ depuis 2010).

* ISEL : Institut supérieur européen du lobbying.

* DGSE : Direction générale des services extérieurs.

* ESARP : Ecole supérieure des agents de recherches privées.

* AFNOR : Association française de normalisation.

 

 

 

 

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